Monsieur Mézard, quel sens donnez-vous au mot « participation » ?

Monsieur Mézard, quel sens donnez-vous au mot « participation » ?

Lors de son discours à Tourcoing, Emmanuel Macron a lancé une « mobilisation nationale pour la politique de la ville », censée répondre – enfin – aux difficultés auxquelles doivent faire face les habitant.e.s des quartiers populaires. Une mobilisation qui s’est traduite par la mise en place par votre ministère de dix groupes thématiques[1] devant permettre une « vaste concertation » sur les enjeux majeurs auxquels sont confrontés les quartiers populaires.

Invitée à prendre part aux échanges de ces groupes, la Coordination nationale Pas sans Nous a accueilli favorablement cette démarche, tout en restant vigilante sur les conditions de travail de ces groupes et en déplorant déjà l’absence de questions majeures comme la santé, les transports et le logement.

Près de deux mois après la mise en place de ces groupes thématiques, force est de constater que la participation n’est pas au rendez-vous et que même la concertation portée par votre ministère illustre une démarche qui n’est pas la notre.

 

Comment parler de concertation alors que trop peu d’habitant.e.s des quartiers populaires participent à ces groupes de travail ? D’autant que ces derniers, pilotés par des élu.e.s et des technicien.ne.s plutôt que par des acteurs et actrices locaux.les, s’inscrivent encore dans une démarche descendante qu’habitant.e.s et associations ne cessent de dénoncer.

A partir de quelle concertation, les thèmes et les axes de travail ont-ils été fixés par votre ministère ?

Peut-on mener un vrai travail de fond appuyé sur une véritable participation au vu du calendrier intenable, de la non-prise en compte des contraintes professionnelles et militantes des participant.e.s, de la diffusion chaotique des informations quant aux dates de réunion… ?

 

A cela s’ajoute le terrible manque d’ambition de ces groupes thématiques alors que nous sommes dans un cadre de mobilisation nationale.

Comment accepter que la culture dans les quartiers populaires soit réduite, pour l’essentiel, à celle des horaires d’ouverture des bibliothèques ? La culture ne contribue-t-elle pas d’abord à affirmer la liberté et la dignité de chacun ? Ne représente-t-elle pas un vecteur majeur de cohésion sociale ?

Comment accepter que la lutte contre les discriminations soit résumée à la discrimination à l’embauche, sans aborder la dimension nécessairement transversale de cet enjeu ? Alors que toutes les études récentes s’accordent sur le caractère intersectionnel des discriminations subies par les habitant.e.s des quartiers populaires, pourquoi ne pas choisir cette approche ?

 

Notre interpellation a pour but de reprendre la concertation sur de meilleures bases avant que les résultats ne soient définitivement décevants.

Nous joignons à ce courrier nos propositions pour l’ensemble des 10 groupes thématiques:

Nous y ajoutons trois thématiques indispensables : la santé, les transports et le logement.

 

Ces propositions doivent permettre d’alimenter les discussions lors des ateliers et réunions de la mission Borloo et pouvoir être discutées directement avec vous, dans le cadre de réunions régulières de travail.

 

[1] Les dix groupes thématiques mis en place portent sur : évaluation et indicateurs, les associations, l’image des quartiers, l’apprentissage et la formation professionnelle, la mobilisation des entreprises pour les quartiers, l’emploi et l’orientation, la culture, le sport, l’éducation, la lutte contre les discriminations.

 

Communiqué – Mobilisation nationale politique de la ville